IMPACT

Parmi les nombreuses questions que soulève le maintien de l’ordre en France, il y a celles sur l’armement des polices/gendarmeries.

Dangerosité sous estimée, opacité sur les compositions, cadre légal d’usage de ces armes non respecté, manque de formation des agents, usage souvent disproportionné, sont les causes de blessures irréversibles, mutilations et décès. 

J’ai souhaité contribuer à la documentation sur cette question dans la série IMPACT.

Les photographies de ces objets « inertes » invitent à lire le récit clinique de ce qu’elles sont et des dégâts considérables qu’elles causent sur les vivants.
 
En plus de l’armement vous trouverez dix portraits et récits de victimes de violences policières par ici : IMPACT

La grenade GLI-F4 est une grenade explosive lacrymogène à effet de souffle. Elle libère le gaz instantanément puis  «  crée un effet brisant et cassant  » selon le fabricant.

Son explosion produit un son de 165 dB à 5 mètres et 160 dB à 10 mètres. (Des dégâts auditifs irréversibles peuvent être provoqués au delà de 120 dB).  Elle contient 26 grammes de TNT et 4 grammes d’hexocire.
 
Elle peut être lancée à la main ou propulsée par un lanceur Cougar de 50 à 200 mètres. Ici nous ne voyons que le contenant vide, puisque la partie explosive constituée de polystyrène blanc contenant le détonateur, le dispositif d’allumage et la substance explosive est pulvérisée lors de l’explosion.
 
Arme classée par le code de la sécurité intérieure en catégorie A2  : «Matériel de guerre».
 
Cette arme très controversée du fait des multiples amputations,
mutilations et autres blessures graves dont elle est la cause a été
remplacée définitivement en janvier 2020 par la GM2L qui, selon l’ACAT, produit des effets similaires.
 
 

Un manifestant aurait perdu une partie de sa main le 5 décembre 2020.

Selon le ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner, la GLI-F4 a été remplacée pour prendre en considération les mutilations et blessures.

Des collectifs, associations et journalistes ont dénoncé une opération de communication et ont mis en lumière que les stocks arrivaient à épuisement, la GLI-F4 n’étant plus produite depuis quelques années par la société Alsetex.

L’usine de fabrication d’Alsetex est située à Précigné, dans la Sarthe. Classée Seveso seuil haut. Une salariée, opératrice de 48 ans, y est décédée en 2014 en préparant une composition pyrotechnique destinée à l’allumage des munitions.

 
 

Le LBD 40 (Lanceur de balle de défense) est le successeur du Flashball. Il tire des munitions en caoutchouc dur d’un diamètre de 40mm à 350 km/h.

Plusieurs études scientifiques, publiées notamment dans The Lancet, pointent l’extrême dangerosité de cette arme. En France, 35 professeurs d’ophtalmologie ont demandé au gouvernement, en mars 2019, un moratoire sur l’utilisation du LBD 40, en dressant le constat d’une recrudescence manifeste du nombre de blessures oculaires extrêmement graves dont il est la cause. En vain.

Le Pr Laurent Thines, neurochirurgien au CHRU de Besançon, constate que les blessures provoquées par le LBD 40 sont très similaires à des blessures d’accidentés de la route qu’il observe  dans sa pratique.

Pour faire comprendre la dangerosité de cette arme il explique que l’énergie de l’impact d’un tir de LBD est équivalente à l’énergie d’un parpaing de 20kg lâché à un mètre au dessus d’un visage. De nombreuses fractures du visage ainsi que de graves lésions sur d’autres parties du corps sont recensées.

 

Le LBD 40 est équipé d’un viseur électronique dont la distance optimale de tir, en terme de précision, est de 25 à 30 m.

Avant 2014, les tirs à moins de 10 mètres étaient interdits pour éviter, selon des notes de la police et de la gendarmerie, de graves lésions corporelles possiblement irréversibles et pour préserver le caractère non létal de cette arme. Cette interdiction n’existe plus.

Lorsqu’il était Défenseur des droits, Jacques Toubon, a également alerté l’Etat et demandé, plusieurs fois, l’interdiction de son usage en maintien de l’ordre.

Le LBD 40 utilisé par les forces de l’ordre françaises depuis 2009 est fabriqué par la société suisse Brügger & Thomet. Un appel d’offre du ministère de l’intérieur à été remporté, en 2019, par la société française Alsetex qui complétera l’équipement d’ un nouveau LBD, le Cougar 40, dont les caractéristiques sont similaires.

Arme classée par le code de la sécurité intérieure en catégorie A2  : «Matériel de guerre»

Les gaz lacrymogènes (aussi appelés CS) sont très fréquemment utilisés. Les grenades sont lancées principalement à la main ou à l’aide d’un lanceur Cougar de 50 à 200 mètres.
 
Leur banalisation fait oublier les risques qui y sont liés. A court terme, les effets identifiés sont «incapacitants»  : irritation des yeux, des voies lacrymales et respiratoires, nausées et vomissements, spasmes, problèmes respiratoires, douleurs thoraciques, dermatites et allergies.
 
A forte dose, ce gaz peut causer une nécrose des tissus dans les voies respiratoires ou dans l’appareil digestif, des œdèmes pulmonaires ou des hémorragies internes.


Les deux fabricants français de ces grenades, Nobel Sport situé à Pont de Buis (29), et SAE Alsetex, à Précigné (72), ainsi que l’Etat, refusent de communiquer la composition exacte des gaz utilisés.

Cette grenade MP7 libère 7 palets qui s’éparpillent et permettent de diffuser le gaz sur une zone pouvant aller jusqu’à 1000 m2.

33 grenades MP7 ont été utilisées le soir de la Fête de la musique, à Nantes, sur le Quai Wilson (rapport IGPN).

C’est une grenade MP7, qui a été tirée en direction de l’appartement de Zineb Redouane, alors qu’elle fermait les volets de sa chambre, en marge d’une manifestation le 1er Décembre 2018 à Marseille. Le tireur, un CRS, est muni d’un lanceur Cougar. La grenade percute violemment le visage de l’octogénaire à 97 km/h, puis libère son gaz dans l’appartement. Elle décédera à l’hôpital le lendemain.

Les GMD ont également un effet assourdissant puisque leur niveau sonore peut atteindre 145 à 165 dB quand elles explosent (des dégâts auditifs irréversibles peuvent être provoqués au delà de 120 dB).

Elles sont actionnées par un bouchon allumeur d’un retard de 1,5 seconde. Une habilitation individuelle est nécessaire pour utiliser cette arme, qui s’obtient au terme d’une formation. Pour respecter la réglementation, elles doivent être lancées au sol et non en l’air, afin d’éviter des blessures graves à la tête. Un pictogramme rouge sur blanc le rappelle sur la grenade.

Différents collectifs et associations ont documenté de nombreux cas de lancers aériens. L’ONG ACAT a recensé des blessures graves, voire irréversibles, ainsi que des blessures et mutilations dues aux galets, mais aussi aux résidus métalliques du corps et du bouchon allumeur projetés lors de l’explosion, qui peuvent entailler profondément la peau, sectionner un ligament, un nerf, énucléer un œil.

Dix de ces grenades ont été utilisées sur le Quai Wilson, à Nantes, le soir de la Fête de la musique 2019 (rapport IGPN).

Arme classée par le code de la sécurité intérieure en catégorie A2  : «Matériel de guerre»

Dans le «Schéma national de maintien de l’ordre  » publié en Septembre 2020 par le ministère de l’Intérieur, la GENL remplace dorénavant la GMD. Elle est annoncée «moins vulnérante» par les autorités, son corps et son bouchon allumeur restant intacts lors de la détonation. Mais, elle est toujours composée de ces 18 plots en caoutchouc qui peuvent provoquer lésions et mutilations. Et son effet sonore annoncé est de 144 db minimum à 10 mètres.

Les informations sur les compositions de ces armes restent très opaques et des études réalisées a posteriori sur les effets réels de l’armement des forces de l’ordre ont démontré à plusieurs reprises qu’ils avaient été minimisés par les fabricants et les autorités.

La grenade lacrymogène MP3 est propulsée à l’aide d’un lanceur PennArms de la société américaine CTS, qui a la capacité de tirer 6 coups en l’espace de 4 secondes sur une distance de 50 à 100 mètres.

Chaque grenade contient 3 palets. Ce sont donc 18 palets qui peuvent être lancés en 4 secondes et permettre de saturer l’air de gaz lacrymogènes très rapidement.

En plus de l’armement vous trouverez dix portraits et récits de victimes de violences policières par ici : IMPACT
 

Deux entretiens viennent également nourrir la compréhension des enjeux :

 

Marion GUEMAS, autrice d’un rapport très documenté sur le maintien de l’ordre en France pour l’ACAT, nous partage quelques unes de ses analyses.

Laurent THINES, neurochirurgien au CHRU de Besançon, donne son éclairage sur l’impact, sur les corps et les vies, des armes dites « sub-létales ».

A écouter ici : IMPACT SON

D’autres témoignages seront mis en ligne, vous pourrez suivre ces publications sur mon compte Instagram ou Facebook.

(Merci à toutes les personnes qui ont contribué à ce travail de documentation. Marion Guémas, Maxime Reynié et son site de documentation : https://maintiendelordre.fr/ ainsi que l’Observatoire toulousain des pratiques policières)